Il faut dire que pas un ne m’aura épargné. C’était de l’acharnement. Je n’ai pu ces 6 derniers mois rencontrer personne, ni mon boucher, ni la caissière, ni le vieux monsieur que j’ai ramené chez lui, ni même mon voisin pourtant si sympathique, tous y sont allé de leur petit quinquin prophétique :
« mais vous allez passer l’hiver parmis nous ! C’est formidable… Et puis quel courage… Vous allez voir c’est quelque chose ! Allez, on s’en reparle au printemps si vous êtes toujours là… »
Au début c’est vrai je n’y ai prêter qu’une oreille distraite. Après tout, rescapé de la canicule, j’avais résisté à des +40°, je résisterai bien à des -40°, ce n’était pas plus compliqué que ça.
Et puis les mois ont passé et je suis devenu un peu perplexe. C’est que j’ai appris au contact de ces gens simples à oublier leurs manières un peu gauches et à respecter la parole des vieux singes.
Les mises en garde se répétaient, chaque jour j’avais le droit à ma tape amicale sur l’épaule, certain même, dans une aura lumineuse de compassion, se découvraient sur mon passage. Au supermarché ça fait un drôle d’effet…
Au mois de novembre c’était de l’impatience fébrile… On m’en avait tant dis… Se pouvait-il que dans l’Univers il y eut un adversaire à ma hauteur ?
Un mois plus tard, après une guerre d’usure terrible, c’est sans pompons ni fanfare que l’hiver m’est tombé dessus. Le combat final à commencé et on verra bien qui ne nous deux sera là au printemps.

